Le Québec a longtemps constitué une alternative pour les acheteurs immobiliers qui n’ont pas les moyens d’accéder au marché dans les villes les plus chères du Canada, grâce à des prix immobiliers relativement abordables dans toute la province. Mais selon le rapport 2026 de Royal LePage sur l’accessibilité des villes, cette marge de manœuvre s’est récemment réduite. 

Selon ce rapport, deux villes québécoises figurent parmi les 15 marchés les plus abordables du Canada : Trois-Rivières, à la huitième place, et Sherbrooke, à la treizième. Ce chiffre est en baisse par rapport à 2024, où quatre villes figuraient dans ce classement, Gatineau et Québec faisant alors partie du top 15. Ces deux villes ont depuis disparu du classement.

À Trois-Rivières, 27,3 % du revenu mensuel d’un ménage seront nécessaires en 2026 pour rembourser un prêt immobilier, ce qui représente une amélioration par rapport à 2024, où ce pourcentage s’élevait à 28,5 %.1 À Sherbrooke, 28,9 % du revenu mensuel d’un ménage est nécessaire, contre 30,8 % il y a deux ans. À l’échelle nationale, ces chiffres sont compétitifs, mais une vue d’ensemble révèle une province où l’accessibilité au logement est soumise à une pression croissante, avec une ville qui va complètement à contre-courant.

La ville de Québec : l’exception qui confirme la règle

Parmi les 62 villes canadiennes analysées dans le rapport de cette année, Québec est le seul marché du pays où l’accessibilité au logement s’est détériorée sur une période de deux ans, le revenu nécessaire pour rembourser un prêt immobilier ayant augmenté de 1,6 % depuis 2024, ce qui a fait passer l’indice d’accessibilité de 30,8 % à 32,4 %.  

La ville de Québec se démarque tout particulièrement, puisqu’elle a enregistré la plus forte hausse globale des prix immobiliers d’une année sur l’autre au cours des huit derniers trimestres consécutifs, selon l’enquête sur les prix immobiliers du premier trimestre 2026 réalisée par Royal LePage. Une demande soutenue face à une offre limitée a un effet prévisible sur un marché qui teste déjà les limites de son accessibilité financière : les prix immobiliers augmentent.

La ville de Québec ressent cette pression, et l’écart entre les revenus locaux et les coûts du logement tend donc à se réduire.

De quatre villes à deux

En 2024, le Québec comptait quatre villes parmi les plus abordables du Canada. Deux ans plus tard, il n’en reste plus que deux. Cette tendance se confirme à l’échelle nationale : les villes les plus abordables ont tendance à attirer la demande des acheteurs qui n’ont plus les moyens d’accéder au marché immobilier dans les grandes agglomérations, et les prix suivent le mouvement.

« Une tendance importante, mais souvent négligée, du marché immobilier canadien est le resserrement des écarts de prix entre les régions. Pendant la flambée des prix liée à la pandémie, l’écart entre les marchés les plus chers du Canada et les villes de taille moyenne s’est considérablement creusé. Depuis, la tendance s’est inversée. Les prix de l’immobilier à Toronto et à Vancouver ont baissé, tandis que des villes comme Ottawa, Montréal et Regina ont maintenu leur niveau ou ont continué à s’apprécier »,  a déclaré Phil Soper, président et chef de la direction de Royal LePage.

« Il en résulte un resserrement de l’écart de prix. Pour de nombreux Canadiens, la question n’est plus simplement de savoir s’ils ont les moyens d’acheter un logement, mais où ils peuvent trouver le meilleur équilibre entre accessibilité financière, perspectives professionnelles et qualité de vie. Si cette tendance se poursuit, l’avantage financier lié à un déménagement diminuera, et on peut s’attendre à ce que moins de ménages envisagent sérieusement de déménager dans le seul but de bénéficier de coûts de logement moins élevés. »

Trois-Rivières: Holding the line

Trois-Rivières conserve sa place de ville la plus abordable parmi les deux villes québécoises figurant dans ce classement, grâce à une économie locale solide qui repose sur l’Université du Québec, le réseau hospitalier et plusieurs papeteries. 

« Trois-Rivières reste une ville abordable, surtout par rapport au reste du Canada, mais notre position dans le classement a reculé en raison de la hausse soutenue des prix de l’immobilier au cours des deux dernières années », explique Martin Leblanc, courtier immobilier chez Royal LePage Centre. « Depuis la pandémie, le marché local a connu un rattrapage nécessaire en termes de valeur immobilière, ce qui a réduit l’écart historique par rapport à la moyenne provinciale. »

Trois-Rivières subit les effets de la hausse des prix, mais le marché sous-jacent reste solide. Pour les acheteurs qui envisagent d’aller au-delà de Montréal, la ville reste l’une des options les plus intéressantes de la province.

Sherbrooke : une ville très prisée, et ça se sent

La 13e place occupée par Sherbrooke au classement national ne reflète qu’une partie de la réalité. La ville attire activement des acheteurs issus de grands centres urbains, et l’offre immobilière n’a pas suivi le rythme. Selon une récente enquête Royal LePage menée par Burson, les habitants de la région métropolitaine de Montréal sont plus enclins à choisir une autre ville de leur propre province que leurs homologues des régions métropolitaines de Toronto et de Vancouver.Parmi les personnes interrogées de la région métropolitaine de Montréal, 29 % déclarent qu’elles envisageraient d’acheter une résidence principale à Sherbrooke si elles pouvaient trouver un emploi sur place ou travailler à distance, ce qui fait de cette ville la destination préférée des Montréalais souhaitant déménager.

« Sherbrooke connaît actuellement un afflux important d’acheteurs en provenance de Québec et de Montréal », a déclaré Jean-François Bérubé, courtier immobilier agréé chez Royal LePage Évolution EB. « De nombreux baby-boomers et retraités reviennent dans la région à la recherche d’un mode de vie plus calme, d’une résidence secondaire ou d’une propriété à la campagne. Même si l’offre sur le marché a augmenté, elle n’a tout simplement pas suivi le rythme de cet afflux, ce qui a déclenché un ajustement naturel du marché et exercé une pression à la hausse sur les prix. Malgré cette hausse, Sherbrooke reste véritablement abordable par rapport aux autres grands marchés canadiens. Il nous reste encore un long chemin à parcourir avant d’atteindre les niveaux de prix des grands centres urbains, ce qui signifie que l’immobilier ici est très accessible et représente une excellente opportunité d’investissement. »

Au-delà de son accessibilité financière, Sherbrooke a su s’imposer par ses propres atouts. Des établissements scolaires de qualité, un cadre naturel accessible, ainsi qu’un pôle universitaire et hospitalier qui soutiennent une économie locale dynamique en font une destination incontournable, bien au-delà de son niveau de prix.

Un écart qui se réduit

La situation de la province de Québec s’inscrit dans un contexte national plus large. À l’échelle du pays, 61 des 62 villes analysées ont enregistré une amélioration de l’accessibilité au logement entre 2024 et 2026, les progrès les plus marqués se concentrant sur les marchés où les prix sont les plus élevés. 

« Au cours des deux dernières années, les prix de l’immobilier dans les grands centres urbains du Canada – en particulier à Toronto, à Vancouver et dans leurs agglomérations – ont connu un ralentissement, la demande dans ces régions où les coûts de la vie sont élevés ayant été freinée par les incertitudes géopolitiques et économiques, la baisse des flux d’immigration et une augmentation sans précédent de l’offre », a déclaré Soper. « En même temps, les villes où les prix de l’immobilier sont plus bas ont connu une demande plus soutenue, les acheteurs cherchant à faire leur entrée sur le marché, ce qui a eu pour effet de faire grimper les prix. » 

« Cela dit, le rapport entre les revenus locaux et les prix de l’immobilier reste un facteur déterminant pour évaluer l’accessibilité financière, et l’ampleur de l’amélioration varie considérablement d’un marché à l’autre. Pour les habitants déjà mis à rude épreuve par la hausse du coût de la vie, les avantages liés à la baisse des prix de l’immobilier ne se font peut-être pas encore sentir. »

La question de l’accessibilité au logement au Québec n’est pas réglée, mais la situation évolue. Depuis la pandémie, la province rattrape son retard par rapport au reste du pays en matière de prix de l’immobilier, et l’écart se réduit. Trois-Rivières et Sherbrooke offrent toujours un véritable rapport qualité-prix aux acheteurs qui ne se limitent pas à Montréal. Pour l’instant, la province de Québec reste l’une des plus abordables du Canada. 


1 L’indice d’abordabilité de Royal LePage est basé sur le pourcentage de revenu nécessaire pour assurer le paiement mensuel d’un prêt hypothécaire, en utilisant le revenu total médian provincial de 2024 de Statistique Canada des familles économiques et des personnes ne faisant pas partie d’une famille économique, et les données de l’agrégat du prix des maisons à l’échelle de la ville provenant de l’Étude sur le prix des maisons de Royal LePage pour le premier trimestre 2026. Le calcul de l’hypothèque est basé sur un prêt à terme fixe de trois ans au taux de 4,64 %, amorti sur 25 ans avec une mise de fonds de 20 %.

2Burson a utilisé le panel en ligne de Léger Opinion pour sonder 900 résidents canadiens, âgés de 18 ans et plus, vivant dans les trois plus grandes régions urbaines du Canada, soit le Grand Toronto, le Grand Montréal et le Grand Vancouver, entre le 2 et le 4 juin 2026. Aucune marge d’erreur ne peut être associée à un échantillon non probabiliste (c’est-à-dire un panel en ligne dans ce cas). Un échantillonnage équitable a été réalisé dans chaque ville, en respectant des quotas d’âge et de sexe. Une pondération a été appliquée afin de refléter la taille relative des trois villes, selon les chiffres du recensement de 2021.